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Devant Sylvia Jeanjacquot, la bâche d'un camion se relève et quatre armes automatiques ouvrent le feu. Le pare-brise de la BMW se constelle d'impacts, l'homme assis à côté d'elle, Jacques Mesrine, s'effondre sur le volant, en sang. Sylvia Jeanjacquot est touchée, elle aussi. Mais elle jaillit hors de la voiture mitraillée et, avant de s'effondrer à son tour, hurle des insultes aux policiers qui viennent d'abattre son compagnon.

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Il se donnera le beau rôle, il jouera les hommes. En attendant, il chiale comme un môme. Les murs sont habitués à ce genre de confidences. Ils sont les buvards de presque un siècle de souffrances. La cellule voisine renferme un beau mec. Un braqueur. Six ans qu'il attend ses procès. Il a tenté plusieurs évasions sans succès ; on ne s'évade pas de la Santé, il a voulu le vérifier.

Il ne dort pas encore. Comme chaque soir, il revit une partie de ses affaires, prépare sa défense. Il se fait avocat, sourit au bon mot qu'il a l'intention de dire pour répliquer à la réflexion que le procureur ne manquera pas de lui faire. Il a toujours volé ; c'est un professionnel. Sa femme l'a quitté lui aussi depuis trois ans; sans vacherie On n'attend pas son mec vingt ans. Il l'a compris et lui a rendu sa liberté pour garder intacts ses souvenirs.

Adieu et bonne chance Son voisin de cellule se masturbe. Ce soir, il s'envoie toutes les cover-girls qu'il a contemplées dans Play-boy avant l'extinction des lumières. Sa queue, c'est sa raison sociale. Il est julot ; le pain de la cuisse, c'est son rayon. Il a trois femmes au tapin. L'amour, connaît pas. Les trois espèrent finir installées dans le bar qu'il leur a promis en fin de carrière.

Il y a de grandes chances pour que du jour où elles ne seront plus consommables il les largue. Ses promesses sont comme ses idées sur l'amour.

Son seul coup de foudre a été pour Molière le jour où, tout émerveillé, il l'a vu imprimé sur les billets de cinquante sacs. Pour l'instant, ses cinq doigts, comme cinq maîtresses, lui arrachent un gloussement de plaisir. Sur la porte d'à côté, une pancarte : Attention, suicide possible. A surveiller. Un camé. Il a dix-neuf ans. Comme seule cure de désintoxication, le juge d'instruction lui a offert une cellule de huit mètres carrés.

Loin de ses paradis artificiels, il vit un cauchemar. Il a déjà tenté de se pendre ; le manque de came ; le manque d'amour et de compréhension. Un camé, c'est un enfant qui gueule au secours ; on ne met pas les enfants en taule, ils ne comprendraient pas pourquoi.

Cette fois, il ne s'est pas raté. Son corps, dans un dernier sursaut, dit adieu à la mangeuse d'hommes. Le julot vient de s'envoyer en l'air, à côté de lui l'autre crève. Ils ont peut-être joui en même temps, à la seule différence que la mort est une maîtresse fidèle qui ne quitte pas ses amants. Il n'a pas la clef des cellules pendant la nuit, pour la sécurité. Combien de minutes seront perdues?

Cette fois, c'est trop tard, comme tant d'autres fois. La sécurité passe avant la vie d'un détenu. Mais peut-on empêcher un homme de se tuer? Alors le règlement restera le même.

Demain, la cellule sera vide, impersonnelle, nulle trace du drame de la nuit. La prison tue les faibles et, même si elle ne les détruit pas tous, elle les marque de son empreinte pour toujours. La Santé s'endort. Dans d'autres cellules, des hommes espèrent, pleurent, s'en foutent, ronflent, regrettent, se branlent, rêvent, survivent faute de vivre. Quartier de haute sécurité. Une prison dans la prison. Un seul détenu vit dans la cellule 7.

Mesrine 1 - L'instinct de Mort

Il est isolé des autres pour des raisons de sécurité. Le corps au chaud sous ses couvertures, l'homme est couché sur le dos, les mains derrière la tête. Il regarde fixement le plafond.

Il aime la nuit. Lui n'espère plus rien. Il a trente-neuf ans et attend la prison à vie sinon la mort. Fataliste ou bon joueur, il sait qu'il le mérite et s'en fout. Lui aussi a commis son premier larcin ; mais, d'escalade en escalade, il a gravi le chemin du crime.

Certains hommes entrent dans le monde interlope comme on entre dans les ordres, tout simplement par vocation. Le crime est aussi le refuge des inadaptés ; c'est la solution facile et momentanée pour résoudre certains problèmes. Son dossier criminel est un roman noir où les scènes burlesques, le sang, la violence, les cavales et l'amitié font bon ménage.

Accusé de trois meurtres, de hold-up, de tentatives de meurtre sur les policiers, de trois évasions, cet homme est dangereux. Mais derrière tout cela il y a les raisons qui ont fait de cet homme un kamikaze du crime ; il y a ses faiblesses, ses amours et ses regrets. Il se souvient des paroles qu'un vieux truand de ses amis lui disait.

Ne fais pas comme moi. On ne yole pas seulement par goût du fric ; on vole pour le plaisir du risque que cela représente. On se sent en dehors des autres ; on vit une autre vie que les autres. Jusqu'au jour où l'on tire sa première balle sur l'obstacle ou tout simplement pour régler ses comptes.

Là, on saute le pas et nul retour n'est possible. L'homme couché le sait mieux que quiconque. Il a voulu sa vie, il a choisi délibérément de franchir le pas pour s'obliger à ne plus reculer. Il a voulu ne plus avoir rien à perdre en sachant que cette situation l'obligerait à avoir tout à gagner. Sa liberté, il s'en foutait, il l'a jouée, perdue, rejouée et reperdue. Il s'est suicidé socialement, non par mépris de la société, mais parce qu'un jour il a regardé autour de lui, pris une arme dans sa main et a cru à tort que c'était la solution de son problème.

Aujourd'hui, étendu sur son lit, il ne regrette rien. Par orgueil ou par inconscience? Sûrement les deux. Il ne se cherche aucune excuse.

Il préfère faire face à son destin en acceptant d'en payer le prix. Paris illuminé venait de fêter Noël. Monique, une jeune dessinatrice de modes, était sur le point d'accoucher; ses cheveux coupés à la garçonne lui donnaient une espièglerie de jeune chat. Ses yeux noisette étaient bouleversants de sensualité. Elle était heureuse. Dans quelques instants, elle allait donner à celui qu'elle adorait son deuxième enfant.

Un fils, elle en était certaine. Ça ne pouvait être qu'un mâle qui lui martelait le ventre de cette façon si douloureuse. Elle ne savait pas encore combien cette naissance lui apporterait de souffrances et de déceptions. Elle allait mettre au monde la mort qui frapperait plus tard certains hommes qui n'étaient pas encore nés ou d'autres déjà adultes. Pierre, au chevet de sa femme, plus nerveux qu'elle, la regardait avec appréhension et tendresse, tout en essuyant les perles de sueur qui ornaient son front fiévreux.

Je t'aime, tu le sais, dis? Pour toute réponse, il caressa de ses lèvres la bouche offerte de Monique, qui ne put retenir un cri de douleur. La sage-femme repoussa Pierre sans ménagement. L'accouchement fut difficile. Monique gémissait, poussait de toutes ses forces pour aider à sa délivrance. C'est ainsi que je vis le jour, tête en bas, après avoir poussé une gueulante pour annoncer ma venue sur cette terre. Mon père, les yeux admiratifs, fixait mes attributs mâles.

Puis, se tournant vers Monique, l'air étonné et ravi : — Mais c'est un petit gars! Tu entends, chérie? J'ai un fils Un fils! Furent les paroles de ma mère. Peut-être aurait-elle mieux fait de remercier le diable Mes parents, tous deux issus d'un foyer modeste, dessinaient pour une grande firme de broderie de luxe.

Travaillant à la même table, Pierre le timide s'était enhardi et avait risqué un baiser que Monique lui avait rendu avec gourmandise. Depuis six mois qu'elle attendait qu'il se décide! Puis le miracle de l'amour les avait conduits à s'aimer, puis à se marier. Mon père était bel homme, sa ressemblance avec Gary Cooper et ses yeux verts le rendaient plein de charme. Pour tout nid d'amour, une chambre-cuisine que ma mère avait rendue très vivable en la décorant agréablement.

Pour arrondir leurs fins de mois, tous deux travaillaient le soir, soit en roulant des cigarettes en grande quantité, soit en copiant des adresses sur des enveloppes. Ils étaient heureux. Ma naissance les obligea à déménager. Mon père m'appelait, sa main caressait mes cheveux bouclés et tendrement il me disait tout en m'embrassant : — Viens là, mon petit jaloux.

J'étais au chaud, je me sentais protégé. Mes rêves de bambin étaient peuplés de douceur. Un matin, de mon lit, je vis que ma mère pleurait. Mon père était devant elle, buvant ses larmes comme pour éponger sa peine. Il y avait une valise à ses pieds. Mon regard croisa le sien. Il me prit dans ses bras et me serra si fort qu'il me fit mal.

Il me reposa dans mon lit et se dirigea vers la porte. Ma mère revint près de moi ; elle ne pleurait plus, mais toute la tristesse du monde se lisait dans ses yeux. Je ne revis plus mon père. L'hiver fut beaucoup plus rude. Ma mère nous avait réunis dans la cuisine et y avait installé son lit. Nous vivions dans cette seule pièce, les autres n'étant plus chauffées. Et puis, un jour, sans bien comprendre les événements, je vis toute la famille se réunir; il n'y avait que des femmes et quelques maigres valises autour de moi.

On m'habilla chaudement et tout le monde quitta l'appartement. Ces vacances imprévues m'amusaient. Les rues étaient pleines de monde mais les adultes qui m'entouraient avaient tous le regard douloureusement triste. La France était en train de perdre la guerre. L'exode commençait, les Allemands étaient sur le point d'envahir Paris.

J'étais trop mino pour comprendre le désarroi que provoquait la gravité des événements. Comme bon nombre de Français, ma famille fut trimbalée à travers la France libre. Mon voyage se termina dans un village de la Vienne, à Château-Merle. J'y avais des cousins qui étaient fermiers. Mon premier bol de lait chaud me fit oublier les nuits passées sur les routes, le ventre à moitié vide, ayant pour toute couche la paille d'une grange et pour toute chaleur celle du corps de ma mère.

Quelques jours plus tard, je dis au revoir à maman qui était obligée de regagner Paris et m'enfuis pleurer dans un coin de l'écurie pour confier mes malheurs à un ânon. Et les mois passèrent. Un jour où je réclamais mon père, on m'expliqua enfin que celui-ci était prisonnier en Allemagne. J'étais devenu un vrai petit paysan. Le matin, levé de bonne heure, qu'il pleuve ou qu'il vente, je partais conduire mon troupeau de vaches au pâturage.

J'avais une drôle d'allure, avec ma cape noire surmontée d'un capuchon, mon pantalon golf et mes galoches à semelles de bois.

Un aiguillon à la main, je remplissais ma mission sans broncher. J'appris à étudier les animaux, à les aimer. J'avais un chien pour compagnon. Nous avions des conversations très sérieuses ensemble. Je lui parlais de mon père, de ma peine d'être séparé des miens. Il me consolait d'un coup de langue sur le visage ; il semblait aimer le goût salé de mes larmes.

Et puis nous retournâmes à Paris. Tout avait changé. Les rues étaient pleines de soldats allemands. Maman nous laissait parfois seuls. Nous couchions tous les trois dans le même lit pour avoir plus chaud. Les mois passèrent Un jour, en pleine nuit, je fus réveillé par des sirènes. On sonna à notre porte. Un homme se précipita sur nous et dit à ma mère: — Vite, à la cave, c'est un bombardement! Maman lui dit qu'elle préférait rester dans son appartement, que de toute façon cela ne changerait pas les choses si les bombes tombaient sur notre immeuble.

Il y eut d'autres alertes.

L'Instinct de vie : 18 mois de cavale avec Mesrine

Ma mère prit la décision de nous remettre chez nos cousins campagnards pour plus de sécurité. De retour à la ferme, je repris mes activités de gardien de vaches. La vie était dure, mais je mangeais à ma faim. J'appris à faire le beurre au batteur, à faire le boudin en faisant cuire le sang de cochon dans des grandes marmites de fonte, à pétrir la pâte à pain, à préparer le four à bonne température en y faisant brûler des fagots de brindilles.

Je fis la moisson ; mes yeux admiratifs regardaient la batteuse séparer le grain de l'épi. Il y eut les vendanges où l'on me fit prendre ma première cuite. Très souvent, dans la conversation des adultes, j'entendais parler de massacres, de morts, de souffrances. Et puis, un jour, mon cousin arriva comme un fou dans le champ où j'étais en train de gambader avec mon chien.

Il me prit par la main en me disant : — Vite, mon petit, rentrons! Les Allemands arrivent. Effectivement, une heure plus tard, la ferme fut envahie de camions. Des hommes armés sortaient de partout. Ils avaient le regard dur et commencèrent à bousculer mon cousin tout en lui braquant un revolver dans le dos. Ils se mirent à visiter toutes les pièces de la maison.

Un homme qui semblait être le chef donna un ordre dans une langue que je ne comprenais pas; puis, s'adressant à ma cousine, il lui dit en français que ses hommes avaient faim et l'obligea à leur servir un repas. Toutes les tables furent sorties dans la cour de la ferme à cet effet. Ma cousine était furieuse, mais se calma quand mon cousin lui fit comprendre qu'il ne fallait pas s'insurger, sous peine de représailles.

Moi, je regardais ces hommes sans crainte, je n'avais plus peur. Puis je m'approchai de celui que j'avais entendu parler en français. Tu veux bien me le rendre? Il me prit sur ses genoux et me dit qu'il allait me le rendre très vite. Il me montra des photos de ses enfants, me parla d'eux de la même façon que mon père devait parler de moi dans son camp de prisonniers. Ma cousine, en m'apercevant sur les genoux de l'Allemand, arriva comme une furie et me dit : — Descends de là immédiatement!

Et vous, laissez cet enfant tranquille! L'Allemand la regarda, contrarié, et me remit sur mes jambes. Telle fut la réponse de ma cousine, blanche de colère. L'incident en resta là. J'étais môme. Je ne savais pas encore ce qu'était la haine. L'avenir allait m'apprendre à conjuguer ce verbe haïr sous toutes ses formes. Après les Allemands, nous eûmes des visites nocturnes d'hommes armés. Ils n'avaient pas d'uniformes. Là, ma cousine était tout sourire. On m'obligeait à aller me coucher dès leur venue.

Parfois, je redescendais de ma chambre, pieds nus pour ne pas faire de bruit. Je les surprenais tous réunis autour de la grande table de la cuisine. Les hommes mangeaient de bon appétit et buvaient tout autant. Mon cousin Hubert parlait plus souvent que les autres, qui semblaient l'écouter attentivement.

J'appris plus tard que c'étaient des résistants. Ils venaient s'approvisionner à la ferme autant de nourriture que de renseignements. Petit à petit on ne me fit plus monter dans ma chambre et j'appris à mieux connaître ces hommes qui luttaient pour que mon père me soit rendu plus vite.

Mon cousin m'avait pris à part pour m'expliquer que je ne devais jamais dire à personne ce que je voyais. Il me fit comprendre la gravité des choses et le risque pour nos vies si cela se savait.

La ferme était isolée. Nous n'avions pour seuls voisins que les parents de mes cousins, qui eux aussi possédaient un élevage. Mon vieux cousin était maire du village le plus proche, Savigny-Lévescault, qui se trouvait à deux kilomètres de la ferme. On m'y envoya à l'école. Je n'y appris pas grand-chose car j'y allais très irrégulièrement, les travaux de la ferme nécessitant ma présence. Avec mes petits copains, on jouait à la guerre. On s'était fabriqué des mitraillettes en bois.

Mille fois on tombait mort, mille fois on reprenait le combat.

Les filles participaient à nos jeux ; elles soignaient nos blessures imaginaires en nous faisant des pansements de nos mouchoirs crasseux. J'appris à aimer ces armes de bois ; cette passion ne me quitta jamais plus.

Et puis, un jour, des explosions retentirent.

Mon cousin nous fit monter dans une tour qui surplombait la ferme. De là, nous assistâmes à un vrai combat en règle. De notre poste d'observation on apercevait des hommes qui couraient.

Des rafales de balles faisaient voler en éclats les fenêtres de la maison. Des hommes au loin tiraient sur d'autres hommes. Les Allemands quittaient Poitiers. Depuis le débarquement en Normandie, c'était la débâcle pour eux. Sur leur chemin de repli, des groupes de résistants tendaient des embuscades.

Semblables à celle tendue sur la route qui longeait la ferme. Les Allemands étaient en très grand nombre ; très peu d'entre eux s'arrêtèrent pour faire le coup de feu.

Car le convoi ne stoppa pas. Puis les coups de feu cessèrent ; une dizaine de soldats allemands pénétrèrent dans la ferme et se mirent à la piller. Nous étions à l'abri et mon cousin nous ordonna de ne pas bouger et de garder le silence.

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Puis les soldats disparurent, les bras chargés de victuailles. Nous attendîmes une bonne heure avant de sortir de notre cachette, le temps d'être certains que tout danger était passé. Dès que nous eûmes regagné la cour de la ferme, un homme, le visage recouvert de sang et tenant une mitraillette dans les mains, s'approcha de mon cousin.

Je le reconnus tout de suite ; il faisait partie de ceux que j'avais l'habitude de voir pendant les réunions nocturnes. Peux-tu me cacher, Hubert? Nous devions être trente pour déclencher l'attaque, on s'est retrouvés seulement sept au moment de l'action. Quel massacre, mon vieux Mon cousin lui fit signe de le suivre et l'homme disparut de ma vue.

Il devait se faire tuer quinze jours plus tard sur une autre attaque près de Saint-Julien-L'Ars. Tout à coup, nous aperçûmes un corps couché dans le fossé ; comme un pantin désarticulé, sa tête pendait sur le côté. Le sang coulait de sa bouche. Ce fut le premier contact que j'eus devant la mort et cela ne m'effraya pas. Je me mis à appeler mon cousin. Mon cousin arriva et m'ordonna de foutre le camp. J'appris que plusieurs corps avaient été retrouvés et que mon cousin le maire s'était chargé de les enterrer dignement.

Quelques jours plus tard, des voitures de résistants emplirent la cour de la ferme. Pour la première fois je les voyais en plein jour. Pas rasés, les visages fatigués faisaient peur à voir. Des femmes au crâne rasé étaient debout au milieu de tout ces hommes qui les insultaient. Moi, je ne comprenais pas. J'étais malheureux devant ces femmes en larmes. Les hommes leur vidaient du vin sur la tête en les traitant de L'une d'elles avait le visage marqué par les coups et portait une croix gammée peinte sur le front.

Elle ne disait rien, mais pleurait. L'un des résistants s'aperçut que mon regard la fixait. Il était déjà venu à la ferme, mais j'eus du mal à le reconnaître ; il était terrifiant, il dégueulait de haine.

Il s'adressa à moi : — Hé, l' Parigot, tu veux la voir à poil, cette salope? Sa main se posa sur l'encolure de la robe et il tira brutalement, déchirant l'étoffe pour laisser apparaître les seins. Encouragé par les rires de ses compagnons, il s'acharna sur les lambeaux de tissu, et se mit à caresser la fille, qui se débattait tout en l'insultant.

Pas vrai, les gars? Tous se ruèrent sur elle. Elle s'écroula au fond du camion. L'un des hommes leva la crosse de son fusil et lui frappa le corps en hurlant des injures. Elle ne se releva pas. Je me révoltais souvent. Deux ans passèrent ainsi. Mes notes étaient catastrophiques. J'étais passé en quatrième, mais en juillet , à l'approche des vacances, je me gardai bien d'annoncer à mon père que j'étais renvoyé.

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Nous devions partir en vacances à Hossegor. Ce fut dans la salle de restaurant de l'hôtel que ma mère m'apprit la nouvelle que je savais déjà : — Ton père vient de me téléphoner. Il a reçu ton carnet. Tu es vingt-sixième sur trente-deux et tu es renvoyé. S'il avait su cela, tu ne serais jamais parti en vacances. Mais que va-t-on pouvoir faire de toi? J'ai pas attendu papa six ans pour être foutu dans un collège à curetons. Une paire de gifles termina ma phrase. J'étais furieux et m'enfuis dans ma chambre en criant devant tous les gens qui me regardaient : — J' m'en fous J' m'en fous Pendant plusieurs jours, ma mère m'interdit d'aller à la plage.

C'était ma punition. Dans le couloir de l'hôtel, il m'arrivait de croiser une magnifique jeune fille. Elle avait de longs cheveux noirs qui lui caressaient les épaules. Nos yeux se rencontrèrent et la lueur qui y brilla fut le scellement de mon premier amour d'enfant.

Elle s'appelait Christiane. On aurait dit une sauvageonne, ses yeux de jais me bouleversaient. Plus âgée que moi, avec ses dix-sept ans, elle m'impressionnait. J'étais tout fier de l'emmener à la plage; je l'admirais, je buvais ses paroles. Notre premier baiser se passa dans la chambre de ma mère. J'avais tiré les volets pour que l'obscurité m'aide à cacher ma timidité. Car, là, j'avais une grande en face de moi!

Elle n'était pas plus affranchie que moi et notre flirt eut la beauté et la pureté de notre âge. Cela dura toute la période des vacances. Ni ma mère ni ses parents ne se doutèrent de quelque chose. Avec mon canif nous nous étions fait une petite entaille au poignet et avions mêlé notre sang en gage de fidélité. J'avais vu cela dans un film.

Le soir, seul dans mon lit, je rêvais de voyages et d'aventures. J'en étais toujours le héros Je sauvais Christiane des pires dangers et nous finissions toujours sur une île déserte.

La réalité reprit sa place avec la fin des vacances. Notre séparation nous fit mal, car elle demeurait très loin de Paris et je n'étais pas certain de la revoir. Nous fîmes le serment de nous écrire. Personne ne comprit pourquoi Christiane pleura en me quittant. Elle fut la responsable indirecte de ma première fugue, et cela un an plus tard.

De retour à Paris, mon père ne me gronda même pas au sujet de mon renvoi. Il me dit seulement qu'il ne me remettrait pas dans un collège. Je fis donc mon entrée dans un lycée. Le résultat fut le même. Si mes notes étaient sensiblement meilleures, je me battais souvent. Je manquais certaines classes pour aller au cinéma du coin. Parfois je volais de l'argent à mes parents pour me payer mes sorties, ou je m'inventais une inscription à un cours du soir tout en réclamant l'argent pour le payer.

Mes parents ne voyaient pas sur quelle route je m'engageais. Un soir qu'ils devaient sortir avec des amis pour aller écouter chanter Piaf, je leur demandai la permission d'aller au cinéma avec mon meilleur copain qui avait deux ans de plus que moi. Ils acceptèrent, sans se douter que je n'avais aucune intention de voir un film. Comme des grands, mon pote et moi avions décidé d'aller faire un tour à Pigalle.

Bébert y connaissait une fille qui faisait le tapin. Lui avait déjà eu des expériences sexuelles avec des femmes. Moi, je n'en était resté qu'à des échanges de caresses avec des mômes très pures. Quand il m'annonça le but de notre sortie, je fus tout de suite d'accord. J'allais bientôt avoir seize ans. Loin de le détromper, je répondis par l'affirmative. Elle est belle, au moins, ta pote? J' lui ai parlé de toi, c'est d'accord. Elle veut bien monter avec toi. Mais faudra la payer.

Tu as du fric, au moins? J'en ai fauché à maman ce matin ; elle n'y a rien vu. Tout fier, je sortis quelques billets de ma poche. Le long du trajet nous nous arrêtâmes dans plusieurs cafés et bûmes quelques verres d'alcool. J'en avais bien besoin pour me donner du courage. Dans ma poche j'avais le poing américain que Bébert m'avait donné. Je me sentais un vrai costaud avec cela dans la main. Comme les vrais gangsters que j'avais vus dans les films.

J'étais certain que la copine à Bébert allait me prendre pour un dur Je voulais l'impressionner pour cacher ma trouille de me retrouver seul dans une chambre avec elle. Je ne voulais pas qu'elle se rende compte que pour moi c'était la première fois. Quand nous arrivâmes à Pigalle, j'étais complètement bourré. Ce monde de la nuit m'émerveillait. Toutes ces lumières qui illuminaient les boîtes me donnèrent le vertige Dire que c'était là que vivaient les gangsters, d'après ce que m'avait affirmé Bébert qui y venait souvent pour revendre à des boîtes les bouteilles d'alcool qu'il fauchait dans les magasins ou dans les caves!

Un portier lança un petit bonjour amical à Bébert. Tu vois ce que je veux dire Tiens, tout à l'heure, j' demanderai à m'sieur Paul de te le montrer, son pétard. C'est un méchant, m'sieur Paul. Tiens, un soir, j' l'ai vu foutre une raclée à un mec. T'aurais vu comment qu'il te l'avait arrangé! J'écoutais Bébert avec admiration. J'étais dans le monde de mes rêves. Je me pris moi aussi à rouler un peu plus des épaules, lorsque Bébert me fit signe, en me montrant un bar, que nous étions arrivés.

Nous y entrâmes.

Le bar était éclairé de lumières tamisées. Des filles étaient au comptoir. D'autres étaient attablées avec des clients, dont un qui avait sa main glissée sous la jupe d'une blonde qui gloussait et qui me regarda avec un sourire moqueur au bout des lèvres.

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J' vous présente mon pote Jacky. On vient voir ces dames. Bébert n'a que ton nom dans la gueule. Il paraît que vous en faites des belles, tous les deux! Sa grosse main serra la mienne à me faire mal. Mais je résistai à la pression. Puis il fit les présentations. L'une des filles s'appelait Carmen, l'autre Sarah. Je savais que Sarah était l'amie dont m'avait parlé Bébert. Je me sentis rougir quand, au lieu de me serrer la main, elle me dit : — Allez, on se fait la bise.

Tiens, assieds-toi à côté de moi, et toi, Bébert, pose ton cul à côté de ma copine. Il nous fit servir des cognacs. Et moi qui étais déjà dans le cirage! Bébert expliqua que nous n'avions pas beaucoup de temps.

Moi, cigarette au bec, je m'efforçais d'être naturel devant cette fille qui m'avait mis son bras sur l'épaule. Je sentais sa main me caresser la nuque. Je n'avais pas encore mes seize ans, mais je répondis : — Bientôt dix-huit, m'dame.

La fille se mit à sourire à sa copine. Appelle-moi Sarah. Puis, se tournant vers mon copain : — Il est mignon, ton copain. Moi qui m'efforçais à jouer les durs! Et la seule chose qu'elle trouvait à dire était que j'étais mignon. Elle enleva la cigarette de mes lèvres et posa ses lèvres tièdes sur les miennes.

Je lui rendis son baiser avec fougue. Elle regarda Bébert, tout étonnée. J'avais mis dans ce baiser tout mon jeune savoir et j'étais fier du résultat. Habituée aux hommes, elle avait dû sentir qu'il fallait que je me décontracte. Je pris ses lèvres une autre fois. Bébert nous interrompit. Moi, j' vais avec Carmen. Nous montâmes un étage pour nous retrouver dans un couloir où se trouvaient plusieurs chambres.

Sarah s'adressa à Bébert : — C'est toi qui paies? Il te donnera pour nous deux. Tu refileras sa part à Carmen. Ça te va comme ça, poulette? Et tous deux disparurent dans une chambre. Sarah me prit la main. Elle n'alluma qu'une petite lampe. Puis devant moi elle enleva sa robe.

Elle ne portait rien d'autre qu'un slip, qui fut enlevé de la même façon. Moi, j'étais là à la regarder. Sa poitrine au galbe parfait me fit penser à cette femme que les résistants avaient déshabillée devant moi.

Le désir m'envahit et, l'alcool aidant, je pris mon courage à deux mains. Pendant qu'accroupie sur son bidet elle se lavait, j'avais posé mon poing américain sur la table de nuit pour l'impressionner. J'étais en slip quand elle se retourna. Je ne m'étais jamais senti aussi con.

Ses yeux se posèrent sur l'arme. Là encore elle eut un sourire mais ne me dit rien. Elle blottit son corps chaud contre le mien : — Laisse-moi faire. Je ne demandais pas mieux. Elle fut douce et prévenante, ignorant mon inexpérience.

Elle m'aida à la pénétrer et guida mes sens. Très vite je pris mon plaisir. Puis, me repoussant sur le côté, elle m'embrassa avant de quitter le lit. Devant mon affirmation, elle enchaîna : — Dis-moi, quel âge as-tu réellement? Ses yeux noirs me regardaient avec tendresse et je ne pus lui mentir. Maintenant je m'en foutais. Mais tes parents te laissent sortir à cette heure?

Il était deux heures du matin ; je devais rentrer à minuit à la fin du prétendu film que nous étions allés voir. Si, j'oubliais deux choses : la payer et mon poing américain.

Je sortis mes billets et lui donnai tout, gardant seulement les pièces de monnaie. J' pourrai revenir te voir? Sur le palier, Bébert m'attendait. Il avait fini en même temps que moi. Je lui répondis affirmativement. Et, lui montrant ma montre: — T'as vu l'heure, faut se tirer. La lumière brillait à la fenêtre de l'appartement de mes parents.

Il était plus de trois heures du matin. Nous n'avions plus assez d'argent de poche pour rentrer en taxi. Je me demandais quel mensonge je pourrais inventer pour me tirer d'affaire. Mon père et ma mère étaient sur le palier.

La seule chose que je reçus fut une bonne paire de claques avant toute explication. Le film est terminé depuis minuit Où étais-tu? J'avais une folle envie de lui répondre que je venais de me farcir une putain, simplement pour voir la tête qu'ils feraient tous les deux. Mais, prudent, je partis dans une explication vaseuse. Mon père me prit par le bras en me disant d'aller me coucher et que nous réglerions cela demain.

Je m'endormis en pensant à Sarah, à son corps.

Cette découverte du plaisir sexuel avait été pour moi une compensation à l'amour que j'aurais voulu donner sur le plan purement sentimental à ceux de mon entourage.

Sarah avait été douce, son corps m'avait délivré des plaisirs solitaires. Je me sentais homme. Mon inexpérience ne pouvait pas savoir que pour elle tous les hommes étaient ses chéris le temps d'une passe. Je me mis à l'aimer en y repensant. Il faisait jour quand ma mère me secoua pour m'envoyer en classe. J'avais triste mine. J'étais livide. Je me demande bien où tu as pu aller hier soir avec ton copain Bébert!

Je ne veux plus le revoir ici ; tu as bien compris? Mon père ne me parla même pas de ce retard par la suite. J'aurais tellement aimé lui dire la vérité! Lui demander si à mon âge il avait eu les mêmes expériences que moi. Pour lui j'étais un môme.

Il était loin d'imaginer que mon esprit était tourmenté et avait besoin de se libérer de toutes les questions sans réponse qu'il renfermait. Je devenais de plus en plus agressif.

A la sortie de ma classe, j'avais revu Bébert et lui avais expliqué que maman ne voulait plus qu'il vienne chez nous. Nous avions décidé ensemble de faire semblant de ne plus nous fréquenter pour apaiser la colère de ma mère. Je voulais revoir Sarah. Je lui dis que je voulais manquer mon cours pour qu'il me conduise une autre fois au bar où elle travaillait. Sa réponse me surprit : — T'es malade! Dans la journée, elle ne travaille pas, elle pionse.

J' me ferais engueuler par son mec si j'arrivais avec toi devant sa porte. Dis-moi, t'es pas tombé amoureux de cette pute, par hasard? Mais si, il est amoureux, ce con! Elle est sympa, cette môme. Mais ma pote ne la recommencera pas. Car si elle se faisait prendre en passe avec un garçon de ton âge la mondaine la mettrait en taule.

Alors, laisse tomber, tu veux? Et ne commence pas ton cinéma Sarah est une pute. C'est son métier de s'envoyer des hommes. Elle n'a que faire de types de notre âge. Si tu l'aimes bien, commence par lui foutre la paix et ne t'avise pas de retourner dans ce bar sans moi, sinon je te casse la gueule. C'est bien compris? J' disais ça pour parler. Ce que venait de me dire Bébert venait de remettre mes idées en place.

Je devais revoir Sarah quatre ans plus tard. Nous avons bien ri quand je lui ai confié mes pensées de l'époque. Je n'arrivais toujours pas à trouver le dialogue avec mes parents.

Je me disputais avec ma mère pour un rien. En classe, j'en faisais de moins en moins. Ma seule passion était le cinéma. Les films de gangsters et les westerns occupaient mon temps et mon esprit. A la maison, j'avais deux pistolets jouets qui ne me quittaient jamais. Dans la rue, avec mes copains, ce n'étaient que bagarres et démonstrations de force. Cette passion des armes devait prendre une très grande importance dans mon destin criminel. Car très jeune, par des jeux anodins en apparence, je me suis conditionné à la préparation des crimes que j'allais commettre.

Je n'ai fait que répéter dans la réalité ce que je m'étais habitué à faire par jeu. A la seule différence que mes jeux d'adultes se sont souvent terminés dans le sang. Mais cela est une autre histoire. Au moment des fêtes de Noël, le directeur de mon école me fit appeler.

Vos notes sont déplorables et nous n'arriverons à rien avec vous. Continuez comme cela, mon jeune ami, et vous irez tout droit en maison de correction. Tenez, vous remettrez vous-même cette lettre à vos parents. J'étais donc renvoyé une fois de plus. Tout au long du parcours qui me ramenait à la maison, je me demandais comment j'allais expliquer la chose à mes parents.

J'étais désemparé. Une chance pour moi que le directeur m'ait remis la lettre plutôt que de la poster. Cela me donnait un peu de temps pour réfléchir. Les fêtes se passèrent en famille. Ma grand-mère paternelle, que j'adorais, me fit cadeau d'une somme d'argent assez importante pour mon Noël.

Elle avait vendu un terrain lui appartenant et avait décidé de donner à chacun d'entre nous une part proportionnée à notre âge. Elle me conseilla de la mettre à la caisse d'épargne pour plus tard. C'est à ce moment précis que l'idée de quitter mes parents me vint à l'esprit. Avec cet argent, je pouvais partir loin, fuir mes tourments, vivre l'aventure dont je rêvais et surtout ne pas être obligé d'affronter la colère de ma mère lorsqu'elle allait lire la lettre de renvoi.

Pendant une semaine j'avais parlé de mon projet de fuite à Bébert. Je lui avais proposé de me suivre. Il avait refusé, mais était d'accord pour m'aider. Je recevais assez régulièrement des nouvelles de Christiane, la belle sauvageonne avec qui j'avais passé mes vacances à Hossegor.

Il m'arrivait de repenser à elle avec une certaine tendresse. C'est donc vers elle que mon esprit se tourna. Je fis le plan de partir le matin de la rentrée des classes. J'irais chez Christiane et je lui demanderais de me suivre. Nous irions vivre tous les deux loin des adultes sur une île Pendant plusieurs nuits mon esprit inventif me fit faire des voyages de rêve.

Nous vivions, Christiane et moi, comme des sauvages, nous nourrissant du poisson que je péchais au harpon, nous nous baignions à moitié nus dans les lagons de notre île. Tout allait être formidable comme dans les films que j'avais déjà vus sur ce sujet. J'étais persuadé au matin de ma fugue que tout se passerait comme je l'avais imaginé.

Pendant la nuit précédant la rentrée des classes, je fis mes bagages. J'avais caché ma valise sous mon lit. J'étais entré silencieusement dans la chambre de mes parents pour y retirer quelques effets m'appartenant. Toujours aussi silencieux, j'avais ouvert le tiroir d'un meuble de la salle de bains où mon père conservait son argent.

Le mien était dans une enveloppe à mon nom. Je le pris. Puis, trouvant que pour tenter la grande aventure je n'en avais pas assez, j'en pris plusieurs liasses dans les économies de mes parents.

A la place j'y laissai un mot disant que plus tard quand j'aurais réussi je le leur rendrais. Ce n'était pas un vol mais un emprunt. Un pardon timide terminait mon explication. Une fois tout réuni, je m'aperçus qu'il était déjà cinq heures du matin. Je descendis ma valise à la cave et remontai me coucher comme si de rien n'était.

Au réveil, je fis semblant de me préparer pour mon départ en classes tout en disant à ma mère que je devais partir un peu plus tôt. Dans peu de temps j'allais être libéré de ce monde d'adultes qui ne me comprenait pas; j'allais vivre ma vie. Je pris mon cartable et, après avoir embrassé mes parents et leur avoir dit à ce soir, je franchis la porte.

Dès que je l'eus refermée, je posai mon cartable sur le paillasson, la lettre de renvoi et une autre lettre où j'expliquais à mes parents que je ne pouvais plus vivre comme cela, que je partais pour toujours ; je demandais leur pardon pour la peine que j'allais leur faire, mais leur conseillais de ne pas s'inquiéter pour moi.

Rapidement je descendis à la cave récupérer ma valise. Il était un tueur, il était aussi l'homme qu'elle avait choisi, et auquel elle devait rester fidèle jusqu'à la mort. Son récit poignant, étonnant, truffé d'anecdotes qui sont autant de scoop sur le cas Mesrine, est celui d'un couple ordinaire — que la violence rattrape, comme un boomerang. Mais l'histoire de ces Bonnie and Clyde français est, avant tout, une surprenante et tragique histoire d'amour.